
Par Cyril Béghin
Métros, voitures, trains de banlieues. Les travailleurs parisiens rentrent chez eux et dans ce grand reflux des corps, le film se glisse pour amorcer un reflux de mémoire. Des lieux d’enfance, entre écoles, cinémas et terrains vagues, tous « paysages pauvres » de l’après-guerre, ouvrent une grande mélancolie que ferment bientôt des constats contemporains. La banlieue de cette fin des années cinquante étouffe, on n’y vit qu’en petit, sans espoir ni projet, entre pavillons tristes et
urbanisme concentrationnaire, « parachèvement de la ségrégation des classes ». La vie semble paisible mais il suffit de s’avancer, tourner le regard, pour découvrir la pauvreté et la violence : bidonvilles, délinquances… Et plus tard, misère de la retraite, de l’asile. Personne ne veut garder la mémoire de ces martyrs ordinaires, quelques images le feront.
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Maurice Pialat
Tuer le père, brûler le chemin derrière soi, nier l'influence ou l'héritage tout en les travaillant de l'intérieur, ont été les leitmotivs des films de Maurice Pialat (1925-2003) qui, de L'Amour existe (1961) jusqu'au Garçu (1995), se sont élaborés dans des relations contradictoires avec des genres, des styles, des auteurs ou des méthodes consacrés. Métaphorisant ce double travail de dénégation et d'hommage, l'univers narratif de Pialat est tissé de confusions identitaires (Police, 1985), d'amourshaines
(Nous ne vieillirons pas ensemble, 1972), d’inconstances et de violences affectives (À nos amours, 1982, Loulou, 1980), de désespoirs spirituels (Sous le soleil de Satan, 1987, Van Gogh, 1991) — tout un grand masochisme où les personnages, comme leur auteur, élèvent des monuments passionnés à ce qu'ils prétendent détester.
Entre Renoir, Bresson et Eustache, l’oeuvre de Pialat occupe une place intermédiaire, marquée par une violence naturaliste constante mais aussi une forte stylisation du cadre et du montage.
animées.
Fiche technique
Production Les Films de la Pléiade
Producteur Pierre Braunberger
Commentaire Maurice Pialat
Image Gilbert Sarthre
Montage Kenout Peltier
Musique Georges Delerue
Voix Jean-Loup Reynold
France, 1961, 19 minutes, 35 mm, 1/1,66
Noir et blanc
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