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LYCEENS AU CINEMA / OUTILS PEDAGOGIQUES
     
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    ATELIERS

    Comment commencer ? Le film de Frédéric Mermoud questionne avec une remarquable cohérence la notion de “début“, qui devient peu à peu un élément structurant du récit. Les recherches peuvent être menées dans plusieurs directions. L'intrigue amoureuse, d'abord, repose essentiellement sur les premières relations sexuelles. On notera ainsi les nombreuses occurrences de ce motif dans le discours des adolescentes (ainsi que la variété des tons utilisés) pour souligner à quel point il coïncide avec le thème du mensonge. Puisque franchir le pas est essentiel, on soulignera dans cette perspective l'importance des lieux et du décor. L'escalier apparaît comme un lieu de passage, un espace de transit. Pour pouvoir faire l'amour, les personnages doivent, comme la prof d'anglais, franchir la porte d'un appartement. La difficulté à traverser les seuils (Rachel ne parvient même pas à rentrer chez elle, le jeune couple n'entrera jamais dans la maison de Honfleur) peut évidemment être mise en rapport avec la douleur de la défloration (la question essentielle “ ça fait mal ? ” est présentée comme un cliché par les héroïnes elles-mêmes). Enfin, cette thématique semble trouver une sublimation littéraire à travers le personnage d'Hervé (décrit par le scénario original comme “ un lycéen de 17 ans au look littéraire, une sortie d'épigone d'Antoine Doinel avec écharpe et pull en V. ”). Faute de passer à l'acte, le jeune amoureux camoufle le sexe sous le texte mais trahit les enjeux de la substitution en ne lisant rien d'autre à sa petite amie que des premières pages. Si Le Mythe de Sisyphe de Camus est seulement résumé, plusieurs extraits sont identifiables, des Chants de Maldoror de Lautréamont à Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche en passant par Du côté de chez Swann de Proust, dont l'incipit — qui est aussi celui d'À la recherche du temps perdu — est emblématique de la littérature française. Une synthèse de toutes ces recherches permettra de conclure à l'impossibilité de l'accomplissement : les amoureux ne connaîtront pas leur première expérience sexuelle ensemble et Rachel restera seule dans sa cage. On doutera donc, avec elle, de la capacité d'Hervé à dépasser les préliminaires en analysant comme une métaphore — et un commentaire métalinguistique — sa remarque : “ J'ai toujours le sentiment que tu ne me lis que les premières pages. ” Pourquoi dès lors, ne pas poursuivre cette réflexion sur l'inachèvement par la lecture du célèbre Si par une nuit d'hiver un voyageur d'Italo Calvino ?

    L'illustration musicale du film n'est pas sans importance. On peut, à partir du générique final, repérer les morceaux utilisés pour analyser, à travers le choix de l'intemporalité — supposée — du piano, le refus de toute esthétique jeuniste. Le choix de Jean-Sébastien Bach appelle un premier commentaire tant le motif de l'escalier et de ses volutes est en accord avec l'esthétique baroque. C'est d'abord la bourrée de la Suite anglaise n°2 (bwv 807) qui est entendue avant les premières images. Elle sera reprise au cours de la séquence de l'ascenseur (3'24'') puis, effet de boucle, à l'occasion du dernier générique (19'57''). Moins guilleret, le largo du Concerto pour piano (bwv 1056) du même compositeur est utilisé dans la séquence du ballon où Rachel, chassée de chez elle, reste seule dans l'escalier (5'36''). À travers le ralentissement du tempo, le dialogue entre le piano et l'orchestre permet alors de confirmer l'utilisation empathique de la musique : selon Michel Chion, spécialiste du son au cinéma, l'adjectif désigne une musique qui “ exprime directement sa participation à l'émotion de la scène, en revêtant le rythme, le ton, le phrasé adaptés […] en fonction des codes culturels de la gaieté, de l'émotion et du mouvement ” (L'Audio-vision, Nathan-Université, 1990). C'est sur le même principe que repose la double utilisation d'un dernier extrait musical. La séquence nocturne où Rachel attend en vain son amoureux (16'45'') se trouve ainsi mise en parallèle avec l'ultime discussion entre les deux amies. Cette dernière occurrence (18'45'') est particulièrement révélatrice puisque la musique déjà entendue deux minutes auparavant accompagne cette fois un commentaire de Rachel sur sa prétendue escapade amoureuse : “ C'était hyper romantique. ” Or l'andantino de la Sonate pour piano de Schubert (d 959), que cette réflexion semble aussi désigner, représente la quintessence de la musique romantique. Bien que l'utilisation du même morceau vise dans les deux cas l'empathie, on constate que les émotions véhiculées diffèrent d'une séquence à l'autre : déception et tristesse d'abord ; rêve et émerveillement ensuite (voir aussi l'utilisation de cette sonate par R. Bresson dans Au hasard Balthazar, 1966). Enfin, les plus attentifs pourront remarquer que la sonnerie du portable de Rachel (qui est cette fois un son in) rappelle la musique de Bach. D'autres exercices sont possibles à partir des extraits musicaux choisis par le réalisateur. Avant projection, l'audition peut donner lieu à l'écriture d'un scénario qui sera comparé à celui du film. Après projection, il s'agira de retrouver à quelles séquences correspondent les extraits musicaux entendus.


    CITATIONS FANTOMES

    Pas de citation directe d'un film, d'une œuvre picturale ou musicale, dans le film de Frédéric Mermoud. Mais la présence d'un motif, l'escalier, si récurrent dans l'histoire du cinéma qu'il fonctionne ici comme une sorte de “matrice“ citationnelle : le film n'évoque pour le spectateur cinéphile aucune autre œuvre en particulier mais une pluralité hétéroclite de références, par rapport auxquelles se construit aussi notre compréhension.
    Dans le court métrage, l'escalier sert de métaphore commode à la période de transition vécue par Rachel. Il peut alors faire penser à un autre film, différent dans sa ligne générale, mais dans lequel la figure de l'escalier est utilisée pour définir un personnage. Il s'agit de Identification d'une femme de Michelangelo Antonioni (1982) où l'escalier est associé à Mavi, jeune femme riche qui attire Niccolo, un cinéaste en crise à la recherche d'une inspiratrice. Deux séquences permettent d'indiquer le lien posé entre Mavi et cet élément de scénographie. Alors qu'elle se rend à une soirée avec Niccolo, on la voit dans un escalier en colimaçon où elle se trouve retenue par l'amant de sa mère qui prétend alors être son père — la scène se déploie en deux temps et c'est grâce à un flash-back que l'on peut voir l'échange entre Mavi et celui qui dit être son père. L'escalier se trouve donc rattaché au mystère entourant la naissance du personnage. Ce thème est utilisé dans le court métrage de manière inversée : c'est Rachel qui, en plaçant un ballon sous son tee-shirt, mime de manière inattendue une grossesse, jusqu'à ce que l'arrivée de la professeur d'anglais mette fin à ce jeu. La question sur l'origine est déplacée vers la curiosité envers son propre corps.
    Dans Identification d'une femme, un autre escalier fait l'objet d'un traitement singulier, celui de l'immeuble de l'amie où Mavi s'est réfugiée. Niccolo l'a retrouvée et l'attend chez cette amie, occasion de montrer en contre-plongée et plongée l'architecture d'un escalier en spirale dépourvu de rampe. L'escalier devient alors le symbole de l'énigme attachée au personnage, dont ce sera la dernière apparition. Là encore, dans L'Escalier, on assiste à une inversion de cette idée, malgré des plans en plongée offrant le même genre de composition. Il ne s'agit pas tant de représenter le mystère d'un personnage et de figurer, de manière presque littérale, l'abyme qui le constitue mais de montrer le passage de l'adolescente vers une maturité à venir. On ne saurait parler alors de l'identification d'une (jeune) femme mais plutôt du parcours, douloureux, précaire, à travers lequel Rachel cherche à donner forme à son identité.

        



        


         
       
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