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LYCEENS AU CINEMA / OUTILS PEDAGOGIQUES
     
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    PROPOS DE VALERIE MREJEN

    La genèse
    J’ai été invitée à enseigner pour une année au Fresnoy et, dans le cadre de cette invitation, il y a en plus du salaire d’artiste invité un budget de production, j’ai donc eu la possibilité de réaliser un court métrage et j’ai eu envie de repartir des “Portraits filmés“ en reprenant certaines histoires que j’avais des regrets de ne pas avoir utilisées ; je les ai réécrites et on a tourné en studio, en 16 mm, avec des comédiens, professionnels ou non, qui ont dû apprendre le texte. Finalement, l’idée c’était de proposer une version de fiction de cette série où les gens, au départ, racontaient des souvenirs à eux.
    Les anecdotes sont toutes authentiques. Ce sont des histoires que m’ont raconté des amis ou des gens que j’ai rencontrés. J’aime bien des histoires qui n’ont l’air de rien mais qui ont une charge un peu tragi-comique, un côté absurde et drôle et triste en même temps. Par exemple, cette histoire d’un homme à qui sa mère avait arraché une tique dans le dos avec ses ongles : en fait, c’était son unique grain de beauté. Cette histoire fait généralement beaucoup rire et, quand on y réfléchit, elle est terrible. Je choisis aussi des histoires qui sont vraies mais qui paraissent tellement invraisemblables que je pense qu’elles ne passeraient pas en fiction…


    JOCELYNE DEVERSHÈRE
      La distribution des rôles
    Dans Chamonix, il y a trois comédiennes professionnelles : Jocelyne Desverchère, Manuela Gourary et Catherine Vinatier. Jocelyne, qui jouait déjà dans La Défaite du rouge-gorge, raconte ici un souvenir à moi. Quico Herrero raconte sa propre histoire, et aussi Charles Pennequin. Il est le seul à improviser, j’avais réécrit son histoire mais il ne l’a pas apprise. Dominique Gilliot était régisseuse et le dernier jour il nous restait du temps et de la pellicule, donc je lui ai proposé de participer, ainsi qu’à Laura Henno, qui était la photographe de plateau. Laura Henno raconte une histoire de Dominique Gilliot et Dominique Gilliot une histoire à moi. L’histoire de Chamonix est une histoire de Yolande Decarsin, l’ingénieur du son.

    La direction d’acteur
    J’essaie d’éviter les gestes que les gens font volontairement de façon calculée pour produire un effet. Comme le cadre est fixe, le décor très dépouillé, les gestes exagérés sont grossis. Il reste les petits gestes que les gens font automatiquement. Par exemple, Dominique Gilliot jette des regards de droite et de gauche parce qu’elle est inquiète, je trouvais ça bien… J’encourage les gens à y aller doucement, à prendre leur temps, parfois j’indique des pauses précisément après tel ou tel mot.


    LA DÉFAITE DU ROUGE-GORGE
      Portrait/autoportrait : la parole
    Si c’est un autoportrait, ça passe par la parole. Mais ce n’est pas ma voix. Ça peut donner cette impression parce que c’est le même type de façon de parler pour tous, assez neutre, un peu lent, un peu froid… Je ne sais pas si je parle comme ça. C’est un mélange, je veux aussi garder précisément ce qui vient des gens. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui vient d’eux, mais je me l’approprie par la réécriture.


    J’enlève des répétitions, des insistances inutiles, des formules utilisées à l’oral qui sont superflues, mais je garde des expressions qui leur sont propres. J’essaie aussi de mettre en valeur la chute ou, au contraire, de la supprimer…
    J’essaie d’éviter surtout la conclusion, le commentaire que les gens ajoutent pour fermer et pour garder le contrôle de ce qu’ils racontent. C’est aussi pour laisser une incertitude ; j’aime faire planer le doute sur la véracité des récits.
    J’avais travaillé en vidéo sur les mots qui ne veulent rien dire, les trucs qu’on répète sans cesse : “ Quoi de neuf ? Qu’est-ce que tu deviens ? ” Cette fois je voulais vraiment que les gens disent quelque chose d’eux, laisser tomber les mondanités, aller vers l’humain. Les histoires sont plus personnelles et, aussi, ce qui est important, c’est tout ce qu’on entend et qui n’est pas dit.


    CATHERINE VINATIER
     
    Et le silence ?
    Je pense en ce moment à filmer une situation silencieuse. J’ai beaucoup voyagé ces derniers temps et passé du temps dans des hôtels ; j’aime bien observer des gens au petit déjeuner, quand ils vont au buffet se servir, etc. Je trouve ça très intéressant et je pense mettre en scène ces situations. Je vais aussi faire des portraits photographiques. Je n’en faisais pas avant.

    Un aphorisme de Bresson :
    Aplatir mes images (comme avec un fer à repasser), sans les atténuer. 1
    C’est vrai qu’il y a une recherche d’épuration, de gommage et de simplicité, en tous cas dans Chamonix, et c’est vrai que je n’ai pas forcément envie de montrer les choses telles que je les vois, mais de les tirer un peu comme un tissu par endroits. J’ai aussi passé beaucoup de temps à tirer sur les plis des vêtements des comédiens pour éviter que tel col soit mal plié ou qu’il y ait des reflets…


    MANUELA GOURARY
      Projet
    Je prépare un documentaire sur les gens qui sont nés dans des familles religieuses en Israël et qui ont décidé de devenir laïcs, donc qui sont obligés de se défaire de leurs habitudes et de transgresser tout ce qu’on leur a appris depuis l’enfance pour devenir non-pratiquants. C’est un parcours qui est un peu à contre-pied de ce que les gens font plus généralement, c’est assez rare, il y a moins de gens qui vont vers la laïcité que le contraire, parce que c’est plus difficile, je pense.



    1. Robert Bresson, Notes sur le cinématographe, Paris, Gallimard, 1975, p. 18.



        



        


         
       
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     Université d'Orléans