Par Laurence Moinereau
Sur des fonds abstraits de couleur variable, traversés de taches de lumière ou d’éléments géométriques au caractère architectural incertain, se succèdent en plan fixe, face caméra, neuf personnages qui tour à tour racontent une histoire. Le récit a des allures de déposition : une série de faits, précisément rapportés dans l’ordre, sans commentaire ni interprétation. Les acteurs, six femmes, trois hommes, vêtus avec simplicité, immobiles, assis, racontent avec une grande économie de gestes et d’expressions, un visage et un ton sérieux et détachés, presque neutres, un débit souvent monocorde. Les histoires sont présentées comme des anecdotes personnelles vécues par l’orateur ou par un membre de sa famille. Elles sont courtes, d’une durée comprise entre 19 secondes (la première) et 2 minutes 43 (la dernière), et chacune fait l’objet d’un seul plan. Les plans commencent et se terminent en silence, et sont séparés par des noirs d’une durée de 4 secondes chacun.
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Valérie Mréjen
Née en 1969, Valérie Mréjen a suivi des études d’expression plastique à l’Ecole Nationale d’Arts de Cergy-Pontoise et exposé ses œuvres (photos, collages, vidéos), entre autres, à Paris (Galerie Cent8), au Centre d’art contemporain de Basse-Normandie, au FRAC Languedoc-Roussillon, mais aussi à Madrid ou à Turin. Evoluant dans la sphère de l’art contemporain, elle déclare se sentir avant tout littéraire, et tout son travail prend sa source dans une recherche sur le langage. En 1994, elle présente une série de cartes postales dont les textes sont composés à partir de noms découpés dans l’annuaire : c’est un moyen pour elle de venir à l’écriture, ce qu’elle fait dans de courts romans (Mon Grand-père, 1999 ; L’Agrume, 2001) ou dans les dialogues rédigés pour des saynètes tournées en vidéo avec des acteurs, qui mettent en scène des situations familiales ou des conversations de la vie quotidienne parasitées par les lieux communs et les tics de langage. Dans sa série suivante, “Portraits filmés“, elle demande à des personnes de son entourage de raconter un de leurs souvenirs, qu’elle réécrit à partir de leur première version. En 2001, elle réalise un premier court métrage en 35 mm, La Défaite du rouge-gorge.
Fiche technique
Production Le Fresnoy, Studio national des arts contemporains
Image Catherine Pujol
Son Yolande Decarsin
Décors Quico Herrero
Photographe de plateau Laura Henno
Montage Camille Maury
Interprétation Laura Henno, Dominique Gilliot, Fabienne Gaston-Dreyfus, Bernd Richter, Jocelyne Desverchère, Catherine Vinatier, Manuela Gourary, Quico Herrero, Charles Pennequin
D’après des souvenirs de Tjeerd Alkema,Valérie Brau Antony, Aude Cox, Yolande Decarsin, Dominique Gilliot, Quico Herrero, Valérie Mréjen, Charles Pennequin
France, 2002, 13 minutes, 35 mm, 1/1,85, Couleur, Visa n° 108 744 |