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LYCEENS AU CINEMA / OUTILS PEDAGOGIQUES
     
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    PROPOS DE FREDERIC MERMOUD
    Un Territoire à part Entière

    Moment de transition, lieu de passage :
    Dans L'Escalier, j'avais l'intention de raconter une histoire d'amour adolescent, en adoptant le point de vue de Rachel, une jeune fille de 15 ans. Quand je plonge dans mes souvenirs, je me rappelle que, adolescents, nous ne savions jamais où aller pour trouver une certaine intimité. Les cages d'escalier sont alors devenues un territoire à part entière, surtout dans ces moments où l'on doit rentrer chez soi, mais que l'on ne veut pas. L'escalier devient un territoire de petites expériences où les jeunes amoureux se découvrent et s'éprouvent. En y repensant, je me suis dit que ce lieu — dont la nature est d'être traversé rapidement — était une belle métaphore de l'adolescence, qui constitue aussi un pur moment de transition : d'un âge à un autre, d'un corps à un autre, d'un statut à un autre.

    Déplacer le genre :
    À première vue, la problématique et les dialogues de L'Escalier relèvent de ce qui est quasiment devenu un genre en soi : le film adolescent. Pourtant, dans ce projet, la forme adoptée par la narration et la caméra ont revêtu une importance capitale : un lieu unique qui cristallise les sentiments et les espoirs de Rachel ; des ruptures et des ellipses brutales qui dynamisent la narration ; un jeu avec les dialogues off qui anticipent de nouvelles scènes ou les concluent ; une continuité dialoguée qui est démentie par la discontinuité spatiale. Derrière ce dispositif, il y a la volonté de créer des associations et des télescopages temporels : les gestes et les désirs se répètent, les conversations peuvent paraître interminables, les jeux de séduction se prolongent.

    Le choix du décor :
    J'aime bien les films qui ont une géographie, un enracinement avec, à un moment ou à un autre, une dimension plus universelle. Ainsi, j'aime les films inscrits dans un lieu, avec les spécificités propres à ce lieu, aux gens qui y vivent. Lors des repérages, je cherchais un escalier géométrique qui servirait à styliser les émotions de Rachel. Un escalier imaginaire qui permettait les scènes d'amour, de solitude, d'observation, et dont les formes exprimaient aussi la quête sentimentale de la protagoniste. Pour les repérages, nous nous sommes alors tournés vers des immeubles construits dans les années 50 et 60.
    Et c'est après une longue recherche que nous avons trouvé, presque par hasard, l'escalier qui correspondait à ma vision, un escalier à la fois vertigineux, abstrait, et inscrit dans une historicité.

    Lumière et musique :
    La lumière joue un rôle central dans le film. Les ampoules des cages d'escalier diffusent un halo sans fard, parfois cru, alors que la pénombre est plus douce et apaisante. La minuterie de la cage d'escalier rythme l'alternance entre l'intime et le public. Si quelqu'un entre le soir dans l'immeuble, la lumière s'allume soudain, sortant les ados de leurs échanges intimes, leur imposant un brusque retour à la réalité. Une fois l'obscurité revenue, les ados peuvent à nouveau se rapprocher, se confier l'un à l'autre. J'ai ensuite cherché à conférer à l'image une tonalité monochromatique, à travers les couleurs des décors, des vêtements et des sources lumineuses. Parfois, un ton rouge vient démentir cette homogénéité. Au cours de l'écriture du scénario, j'imaginais des airs de musique qui pourraient accompagner les rêves et la solitude de Rachel. Assez rapidement, des morceaux de Bach se sont imposés, mêlant la vivacité à la mélancolie. Ces musiques étaient décalées par rapport à l'univers adolescent du film, tout en rendant accessibles les émotions brutes du personnage.

    Une éducation sentimentale :
    L'Escalier raconte les désirs et les rêves de Rachel sous la forme d'une succession de scènes qui relève d'une sorte de chronique douce-amère, parfois drôle, parfois plus grave. Lorsque Rachel est trahie par Hervé, elle va apprendre à falsifier la réalité afin de transfigurer sa déception en un petit bonheur doux-amer. Elle pressent sans doute que dans le souvenir, ce qui prime, ce n'est pas tant la rétention d'un fait brut (une rétention bien illusoire), mais plutôt la manière dont on peut se réapproprier des événements, en les verbalisant. Un peu comme si ce qui importait n'était pas tant le monde tel qu'il est, mais le monde tel qu'on se le raconte. Autrement dit, Rachel expérimente, avec une jubilation certaine, le pouvoir de la parole. Sans aucun doute va-t-elle dès lors appréhender ce qui va lui advenir de manière moins ingénue. Elle devient pour ainsi dire la véritable héroïne d'une comédie sentimentale.



        



        


         
       
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