| Au sens premier, le pastiche est une uvre dont les parties sont dorigines diverses, soit nouvelles, soit anciennes, dun ou de plusieurs auteurs. En musique, pour ces uvres montées à partir de différents fragments, on parle de pot-pourri. Par extension, le pastiche est une uvre dans laquelle lauteur a imité la manière, le style dun maître, soit par exercice (visant un certain académisme), soit pour se moquer (luvre devient alors une parodie), soit pour sapproprier des qualités empruntées (il sagit alors dun simple plagiat). Cest bien entendu lintention parodique qui est à la base du pastiche que constitue Calypso is like so. On retrouve ce montage fragmentaire à plusieurs niveaux. Il apparaît, dès le générique, à travers la bande-son du film. Celle-ci se propose comme un collage de musiques qui se réfèrent à certains thèmes célèbres en accentuant leurs caractéristiques. Lexagération de ces traits musicaux (ils prennent dailleurs toute la place, le bruitage étant peu utilisé et les dialogues totalement absents), leur fonction incroyablement stéréotypée (la musique est associée à des clichés) entraîne toute la bande-son vers la parodie. Le thème principal, renvoyant au type de chansons enregistrées par Mitchum lui-même, fonctionne également, par son extrême simplification, comme un leitmotiv parodiant les sonorités de la musique des îles. Le pastiche est aussi lélément structurant du scénario de Calypso. Bruno Collet est parti dune série de films dans lesquels Mitchum avait un rôle mémorable et les a reconstitués le plus fidèlement possible.Respectant les costumes, les éclairages, et les cadrages, il remet en scène ces images fortes, comme pour un remake absolu (voir la citation de La Nuit du Chasseur). On se souvient que Gus Van Sant, dans un geste provocateur, conceptuel et néanmoins commercial, a récemment retourné plan par plan le film Psycho dAlfred Hitchcock en suivant très minutieusement la mise en scène originale. Les différences sont ici notables : dune part Calypso enchaîne les citations de films différents, offrant un vrai pot-pourri des meilleures apparitions de Mitchum, dautre part, une dimension humoristique se dégage de ces pastiches par le remplacement de lacteur par une marionnette caricaturale. La parodie fonctionne parce que lélément central de toutes ces scènes nest pas conforme aux scènes originales et cette substitution ridiculise limage reconstituée.
Enfin, le pastiche apparaît également dans le montage biographique de la vie de Mitchum proposé par le film. Séducteur, amateur dalcool et de drogues douces, cet acteur au visage le plus souvent impassible (doù probablement lidée de la marionnette) na jamais remporté lultime consécration hollywoodienne quest lOscar. Partant de ces éléments biographiques, Calypso passe de la parodie à la satire en imaginant un acteur capable de devenir tueur en série pour entretenir sa gloire. En cela, le film sinscrit dans une longue et vive tradition du cinéma danimation qui se plaît à rire des travers de Hollywood. Déjà dans Felix in Hollywood, un cartoon de 1923 de la célèbre série Felix The Cat dessinée par Otto Messmer, le chat malicieuxest exploité par un producteur avant daffronter Charles Chaplin pour une sombre affaire de plagiat. Tex Avery caricatura souvent le milieu cinématographique, notamment dans Hollywood Steps Out (1941) où lon croise dans un night-club hollywoodien de nombreuses vedettes en fâcheuse posture : Cary Grant, Edward G. Robinson, Johnny Weissmuller (le Tarzan de lépoque), Humphrey Bogart, James Stewart, Boris Karloff (Frankenstein) ou encore Greta Garbo (dans le rôle dune vendeuse de cigarettes !). Who Framed Roger Rabbit ? de Robert Zemeckis (1988), mélangeant acteurs réels et personnages animés, est encore un autre exemple dun film samusant des coulisses du Hollywood de lâge classique. Enfin plus près de nous, en 1999, dans lépisode Mel Gibson les cloches (Beyond Blunderdome en v.o.) de la onzième saison de la série animée The Simpsons, coutumière de la parodie de films, toute la famille embarque pour Hollywood à la demande de Mel Gibson pour assister à une rocambolesque projection-test. Il y a donc une réelle tradition parodique du film danimation, surtout américain il est vrai, par rapport à Hollywood, sans doute expliquée par sa situation ambivalente (il évolue dans le giron des grands studios sans être totalement soumis aux mêmes règles que les autres productions), mais aussi, peut-être, par un jeu de rivalité, qui remonte à la nuit des temps cinématographiques, entre ces deux branches si proches et pourtant si distinctes du cinéma.
Il convient dajouter enfin que Calypso, en plus dêtre un film danimation, est aussi un spectacle de marionnettes, et lon sait combien la tradition de la marionnette, depuis lapparition des premiers théâtres profanes dans la Grèce antique, exige de faire rire des idoles du monde contemporain. Cest dans cette histoire-là aussi que sinscrit, modestement, Calypso is like so. |